Faut il sacraliser le sexe?

Pour des athées et autres non croyants la question ne se pose pas il n’y a là bien sûr pas de sens à revendiquer le sexe comme sacré à priori…mais pourtant beaucoup de gens qui se prétendent non croyants, républicains, laicards, anticléricaux et tout le blabla à gauche disent que le sexe est sacré, y aurait il un sacré laïc hors du cadre du religieux? Et si c’est le cas pourquoi traiter de religieux les écolos qui pour une part d’entre eux considèrent que resacraliser la nature dans une démarche laïque aiderait à la conservation des espèces, pourquoi cela serait insupportablement religieux d’inspiration mais la sacralisation laïque du sexe serait du bon sens? De l’autre côté la plupart des religieux trouvent choquant d’accoupler sexe et sacré. Quel que soit le positionnement ce débat là fait des étincelles dans tout les sens. Le sexe est il profane voir un péché par sa nature même pour les religieux majoritaires? Le sacré doit il forcément être asexué? Faire l’amour est ce mieux, moins bien ou strictement la même chose que baiser? Et chez les gens qui ne « pensent qu’à ça » le sexe fait il office de religion? Souvent derrière cette volonté de sacraliser le sexe qu’elle vienne de putophobes ou de mecs qui ont peur de se faire dominer par le pouvoir sexuel d’une copine ayant plus d’expérience qu’eux en la matière, sacraliser le sexe ça veut surtout dire sacraliser l’image de la vierge pure et ruiner la réputation des filles qui ont eu un nombre de partenaires sexuels supérieur à 1 dans leur vie comme de mauvaises filles. Du coup à priori sacraliser le sexe en ce sens là me parait plutôt une vieille rengaine misogyne envers les filles qui ont de l’expérience sexuelle. Bien sûr il y a aussi des gars pour avoir allumer la lumière dans leur cerveau et s’être rendu compte qu’en fait cette mentalité les dessert car se sauter une fille sans expérience bah souvent c’est quand même vachement plus chiant mais ils sont pas les plus nombreux. La morale conventionnelle demeure là dessus au final très conservatrice. D’ailleurs même si c’est nettement moindre qu’avec les femmes qui sautent tout ce qui bouge les mecs qui font pareil se font aussi stigmatiser par la norme comme des obsédés sexuels alors certes peut être que c’est juste un cas particulier de la généralité selon laquelle si tu en fais trop ou pas assez face à une norme qu’elle concerne le cul ou autre chose la norme te critiqueras toujours mais j’ai l’impression que dans ce cas précis ça va un peu plus loin, qu’on investit le sexe de tabou religieux et juge impur qui en a « trop fait ». D’autres sacralisent le sexe d’une façon laïque et plus apaisée par exemple en le sublimant dans les arts. Ok le plus souvent je trouve que ça donne des œuvres peu inspirées et trop faciles où le choc obtenu par l’effet de scandale semble tout ce qui compte donc que je trouve soporifiques mais c’est mon avis perso ça. Après clairement dans nos sociétés il me semble que bien plus que le sexe ou l’écologie c’est l’amour au sens romantique du terme dont on a fait le sacré laïc ultime. Il me semble que pour la plupart des gens qui cherchent le sens de la vie « l’amour » est la première réponse qui vient aujourd’hui. Surtout pour les femmes. Qu’il les mystifient bien davantage que le cul. Si 90% des personnages féminins des films et autres fictions ont amoureuse pour seul rôle et fonction ce n’est pas anodin. Faut pas avoir la naïveté de penser que ce qu’on voit en fiction reflète parfaitement les mentalités du monde réel mais faut pas non plus avoir la niaiserie de croire que s’en est entièrement détaché. Combien parlent de la rencontre de l’amour de leur vie comme d’une révélation au sens presque religieux du terme? La plupart en fait. L’amour de l’homme ayant remplacé l’amour de Dieu mais on invite tout autant les femmes à s’y sacrifier dans la société de la domination masculine où l’on est. Et c’est généralement face à cet amour romantique sacralisé qu’on dénigre le cul estimant qu’il vaut moins et doit donc être désacralisé. D’ailleurs les aromantiques sexuels qui préfèrent de loin le cul à l’amour s’en prennent plein la gueule, surtout quand ce sont des femmes, on ne le leur pardonne guère. Ok c’est de toutes les façons ultra rare mais même sans aller jusque là ceux et celles qui préfèrent un tant soi peu le cul à l’amour, surtout celles dont c’est le cas et qui ne s’en cachent pas sont mal regardé(e)s. Après jusqu’où doit on banaliser le sexe et n’y a t’il pas beaucoup d’hypocrisie chez ceux qui y nie la part affective, de plaisir et de désir et tentent maladroitement de le présenter comme une pratique sport et santé comme une autre? Et puis aussi parmi les sens sacrés donnés au sexe il y a plus de variété qu’on ne le voit dans l’immense majorité de ces débats qui sont pour la plupart des bastons d’opinion entre non croyants pour qui le sexe désacralisé peut être un plaisir déculpabilisé et croyants pour qui le sexe c’est mal dans des perspectives monothéistes mais kamasutra, tantrisme à forte composante érotique, paganisme où un sexe à la fois sacré et plaisant à une forte place bien des religions et spiritualités incluent dans leur sens du sacré le sexe sacré et même parfois la prostitution sacrée sans que cela ne gâche le plaisir sexuel bien au contraire. En fait il y a des compréhensions diverses de ce lien du sacré à la sexualité. Pour les chrétiens, la sexualité et le plaisir sexuel sont des aspects de l’amour conjugal. Historiquement le christianisme a réprouvé l’association du sexe à la religion car cela faisait réminiscence des anciens cultes du paganisme qui ne s’en privaient guère. Chez des chrétiens post 68 l’idéal de chasteté à part à aller chercher des types particulièrement conservateurs a quand même pas mal vécu aujourd’hui. Néanmoins dur d’être chrétien et apaisé vis à vis de la sexualité qui reste clairement liée dans la doctrine de l’église au péché. Et donc vue comme étant mauvaise. Pour autant si le sexe dans la doctrine chrétienne c’est uniquement au sein du mariage et lors de pratiques purement reproductives en théorie, la plupart des chrétiens dans la pratique ne se privent pas de chercher à se faire plaisir côté sexualité de nos jours sans obéir à cette par vieillotte de leur doctrine. « Le plaisir de manger comme le plaisir sexuel viennent de Dieu », a déclaré le pape François s’adaptant aux mœurs de notre temps. Pour lui l’amour conjugal béni de Dieu peut et doit inclure la conception du plaisir sexuel en son cadre comme d’un don divin et refuser les plaisirs de la chair c’est mal comprendre le message chrétien. Au vu du nombre de conservateurs qui se font plus « chrétiens » que le Pape sur cette question on voit que ce n’est pas le christianisme qu’ils suivent mais juste une éducation mal foutue qu’ils ne parviennent pas à remettre en question et qui les frustre pour rien. L’église a toujours du mal avec le plaisir sexuel hors mariage, à but non reproductif et dissocié de l’amour certes mais elle n’a pas de mal avec l’idée de plaisir sexuel en soi maintenu en ce cadre bien au contraire. Oui en revanche ça veut aussi dire que sa conception éculée menace la vie de plein de femmes dans le monde en leur refusant le droit à l’avortement même si leur vie en dépend et ça clairement ça craint et c’est un effet direct du manque de pouvoir des femmes au sein des institutions chrétiennes (curieusement par exemple les sœurs catholiques sont bien plus ouvertes au droit à l’avortement que leurs confrères hommes mais tant que ces derniers demeurent à la tête de l’Église ils peuvent leur imposer leur loi). Les musulmans pour la plupart sont encore plus rigoristes et condamnent moralement tout plaisir tiré des relations sexuelles comme étant mal vis à vis de la religion cependant cette vision n’est pas partagée de toute la communauté musulmane et est assez récente ce qu’on sait du passé musulman montrant un monde où l’érotisme était nettement plus libre que de nos jours de même la femme plus largement. Le plaisir sexuel ne serait ce que par nécessité pragmatique a toujours été toléré dans le mariage. Idem chez les juifs on retrouve cette idée que le sexe doit servir à la procréation par commandement divin, bref la vision classique de la plupart des monothéismes a toujours refusé d’inclure le sexe dans sa notion du sacré donc on peut s’interroger de si on s’en éloigne vraiment chez les non croyants quand on dit que le sexe est à désacraliser. Néanmoins libertinage signifie autant libération sexuelle qu’athéisme à la base et ce n’est sans doute pas fortuit, par ailleurs les athées sont très contents de se pavaner avec des études scientifiques qui supposément démontrent que globalement ils sont sexuellement plus épanouis que les religieux comme une des preuves que leur façon de vivre mène plus aisément au bonheur et à la paix intérieure que ne le fait celle des religieux. Curieusement l’opposition à la masturbation, à la pornographie ou au BDSM ne vient jamais d’athées qui sont par ailleurs plutôt le courant de position face aux questionnements spirituels et religieux dominant chez les travailleuses du sexe, les personnes qui ont des pratiques sexuelles minoritaires récréatives détachées de la procréation et les milieux LGBT militants. Pourtant ça n’empêche pas le paradoxe que des féministes se disant athées se disent opposées à tout cela par sacralisation laïque d’une sexualité non récréative et hétérocentrée au nom de ce qu’elles perçoivent la licence sexuelle dans notre monde de domination masculine comme mettant en péril les droits des femmes. Bon ok c’est un peu passé sur certains aspects sur la masturbation féminine par exemple les féministes athées ont de longue date prôné cela reconnaissant que la réticence passée de leurs ancêtres face à cela leur venait de restes d’éducation religieuse et n’avait pas de vraie justification éthique. D’ailleurs certaines la prône même aujourd’hui comme outil pour que les femmes se réapproprient la connaissance de leur corps et la jouissance du plaisir sexuel dont la majorité d’entre elles demeurent encore frustrées de nos jours. Idem il a fallu attendre longtemps pour ça mais aujourd’hui la majorité des féministes athées soutiennent le BDSM et les autres pratiques sexuelles non récréatives ayant enfin pigé que leur psychopathologisation est plus d’ordre religieux que scientifique, la pornographie (enfin exclusivement la militante et féministe mais là dessus encore leur position peut se comprendre même si sur la pornographie mainstream ça rend souvent leurs discours de blâme excessifs et caricaturaux), les droits lgb…et t pour la majorité même si il existe des TERF athées la plupart sont motivées par des préjugés religieux hostiles aux transgenres de façon assez claire. Cela est assez simplement expliqué par une non remise à jour de leurs connaissances de SVT datant de plus de 20 ans qui avaient des programmes ultra influencés de la religion qu’elles prennent encore pour de la science dont le côté transphobe était extrême et dont elles ont fait leur dogme scientiste. Et bien sur elles ne soutiennent le plus souvent pas les putes car gnagnagna exploitation sexuelle et que si tu dis l’inverse syndrome de Stockholm pour invalider ta parole c’est magique bref là dessus elles font du dogmatisme scientiste sur les analyses marxistes et sur les thèses psys au lieu d’écouter la parole des putes elles mêmes sans grande surprise pas plus acceptées des athées que des religieuses au final.

Pourtant d’autres visions existent, dans l’hindouisme tantrique par exemple la sexualité non seulement est incluse dans la religion mais y est perçue comme l’une des voix possibles vers la libération. Et on voit que ça gêne, perturbe et excite un peu trop les esprits occidentaux qui croient à tort que tout dans le tantrisme peut s’y résumer à son aspect sexuel. Il y a une littérature tantrique qui développe une philosophie du monde propre sur à peu près tout les sujets, la résumer à son aspect sexuel de conseils de cul est très réducteur. Pour autant ici vu que c’est le sujet on va exclusivement se centrer sur cet aspect selon lequel pour le tantrisme la passion amoureuse et sexuelle est la voie d’excellence vers l’accès au divin, donc ce qu’il y a de plus sacré. Il s’agit d’une sexualité mystique où l’on recherche la communion avec le divin et non point la jouissance dans l’orgasme. On y cherche la libération et non pas le plaisir sexuel. Pour autant il y a bien dans l’hindouisme on le sait assez avec le fameux Kama Sutra un érotisme qui inclut le plaisir sexuel et même cela avec un certain raffinement côté positions comme c’est bien connu cependant quand on parle sexe et sacré que ce soit pour se dire pour ou contre cette union la plupart du temps on en a un oubli soudain parce qu’on pense la question dans une perspective complètement eurocentrée qui la simplifie bien trop. Certes il ne faut pas prendre l’hindouisme comme le paradis d’une libération sexuelle exotique fantasmée, on sait qu’hijras et femmes ont une place complexe, ambivalente et subissant comme nous la domination masculine dans la société indienne et que le puissant parti hindou conservateur prône une idée du sexe assez peu différente du degré de restriction qu’elle subit dans un islam fondamentaliste. Pour autant c’est assez en opposition avec l’hindouisme traditionnel paradoxalement vu que pour celui ci tout est sacré donc le sexe aussi vu qu’il fait parti du tout et est compris dedans. Du côté du bouddhisme en revanche l’idéal monastique et strict est assez proche de la chasteté monothéiste. On y retrouve une même volonté de sublimer le désir sexuel en le changeant en autre chose mais de ne surtout pas le consommer. Comme expliqué ici : https://bouddhismes.net/index.php?option=com_content&view=article&id=138:bouddhisme-et-sexualite&catid=14&Itemid=131

« 

Bhante Gunaratana : Le Bouddha a enseigné qu’aussi longtemps que l’on est engagé dans une activité sexuelle, on ne s’intéresse pas à la pratique de la vie spirituelle; les deux ne vont tout simplement pas ensemble.
Mais quand il a donné son enseignement graduel vers l’Eveil, il a dit aussi que la sensation de convoitise, de sexualité, comporte du plaisir. Il n’a pas nié le plaisir. Il y a du plaisir. Ensuite vous vous rendez compte que ce même plaisir devient déplaisir. Graduellement, alors que la fièvre initiale du désir sexuel s’estompe, les gens commencent à se quereller. Car du désir sexuel naît la peur, du désir sexuel naît l’avidité, du désir sexuel naît la jalousie, la haine, la confusion et le combat; toutes ces choses négatives naissent du désir sexuel. Et par conséquent, ces choses négatives sont inhérentes au désir sexuel. Et si nous voulons nous en rendre compte, il n’est pas besoin de regarder plus loin que notre propre société. Ouvrez seulement les yeux et regardez autour de vous. Combien de millions de personnes se battent à cause de leur désir sexuel – maris, femmes, petits amis, petites amies, petits amis, petites amies, petites amies ?! Que vous soyez hétérosexuel, homosexuel, bisexuel, cela n’a pas d’importance. Aussi longtemps que vous êtes dans ce désir, il est inévitable que vous ayez ces problèmes – dispute, déception, colère, haine, meurtre – tous sont impliqués. Alors, comme il a vu le problème inhérent à la sexualité, le Bouddha a dit qu’il était mieux de contrôler et de discipliner nos sens pour avoir une vie calme et paisible.
Mais on doit le faire graduellement, lentement, avec discernement et pas abruptement. Cela ne peut pas être forcé. Il faut que ce soit fait avec une compréhension profonde. Si les gens ne comprennent pas cela et essayent de s’arrêter tout d’un coup, ils auront davantage de frustration, de peur et ainsi de suite. Et donc, dans son enseignement graduel, il a dit qu’au début il y a du plaisir dans les activités sexuelles, et puis qu’il y a des inconvénients, et puis qu’il y a des problèmes. Et ce n’est que quand vous voyez les problèmes qu’alors vous commencez à réaliser que ces inconvénients, ces négativités sont inhérentes à la sexualité – ils sont intrinsèques. Ces troubles, ces problèmes, sont intrinsèques au désir sexuel. »

Bon après cela reste une vision de moine peu répandue et moins encore mise en pratique par la plupart des asiatiques bouddhistes ordinaires. Suffit de regarder un clip de J-Pop pour voir que clairement le japonais moyen à l’air de s’en foutre un peu bien qu’il soit bouddhiste de culture par exemple. La laïcisation et la désacralisation du sexe est finalement opérante aussi dans les sociétés asiatiques avec le reste de la laïcisation des mœurs peut être que c’est un passage obligé dans toute économie capitaliste?

Reste enfin pour en revenir à l’occident et à mes propres convictions la question de la sexualité sacrée dans le paganisme. J’ai rencontré bien des putes païennes qui comme moi liaient leur métier et leur spiritualité et en tirait un pouvoir revalorisant pour la puissance de leur féminité. Dans le paganisme rien que de normal de sacraliser le sexe et vénérer les attributs sexuels des divinités dans un monde de plaisirs sexuels recherchés en eux mêmes comme des plaisirs sacrés. La liste des divinités païennes liées à la luxure de façon positive est sacrément longue. On comprend donc que nombre de putes trouvent valorisant de se dire prêtresses de Vénus souvent avec beaucoup de sérieux. D’ailleurs on y trouve des divinités de la sexualité de tout les genres, Eros un homme, Aphrodite une femme, Hermaphrodite…comme son nom l’indique (de nos jours on dirait intersexe et non binaire je suppose) pour rester dans des divinités très connues rien que par là on voit bien que sexe, sacré et plaisir n’étaient pas dissociés dans le monde gréco-romain avant la chrétienté. En fait d’ailleurs même si il y a toujours eu un peu plus de déesses que de dieux du sexe et de l’amour au final le ratio n’était pas non plus super éloigné du 50/50. On en vient assez vite de critiquer les déesses du sexe polythéistes d’incarner supposément une image stéréotypée de la femme dans leurs attributs mais en vrai leurs associations à des attributs tels que la reproduction plutôt logique comme attribution pour des divinités de l’amour et du plaisir est trouvé en taux équivalent chez les dieux mâles de l’amour et du sexe donc ça ne semble pas sexiste juste une conséquence logique de ce à quoi on les associent en priorité. Idem en ce qui concerne l’attribut communément donné à ces mêmes divinités de dieux et déesses du mariage, de la paix (logique vu qu’elles symbolisent l’union de façon plus large), des rapports sexuels, de la passion sexuelle et amoureuse, du désir charnel, de la prostitution, de la nature et des éléments naturels genre les fleurs surtout . De même on trouve des attributs genrés plus logiques que sexistes avec de telles divinités comme le fait que le dieu de la sodomie est généralement mâle par exemple. Du coup la formule qu’on entend parfois faire l’amour comme un Dieu est impossible, les dieux ne baisent pas vient clairement d’une assez forte méconnaissance des divinités païennes pour beaucoup loin de partager l’absence de sexualité présupposée au Dieu monothéiste. Bon oui y avait des déesses comme Athéna ou Artémis éternellement vierges par choix mais c’était clairement différent d’un Dieu trop abstrait pour avoir une sexualité. Il y a un peu plus de déesses que de dieux de l’amour et du sexe qu’on associe aux aliments fruits de la terre et des récoltes paysannes mais c’est quasi la parité. C’est d’autant moins embêtant que cela semble venir de ce que les peuples ont longuement ignoré le rôle masculin dans la fertilité et la fécondation d’où que ces fonctions furent longuement davantage l’apanage de déesses que l’on honorait pour cela et qui ne les dégradaient nullement bien au contraire. Et qui dans le cas des déesses de l’amour et du sexe au plus fréquent n’en faisait clairement pas automatiquement non plus des déesses mères et des idéalisations de la maternité, les percevoir comme cela serait erroné en plus d’être réducteur. De même autant que les dieux de l’amour et du sexe les déesses de cela sont associées aux plaisirs esthétiques des arts et des jeux et en particulier de la musique et de la danse, pas du chant par contre qui fut longtemps plutôt masculin dans les sociétés antiques ou la parole était avant tout masculine d’où sans doute que l’unique dieu connu de l’amour et du sexe à avoir aussi été celui des belles paroles et de la flatterie, Hedylogos était un dieu mâle. Toutes les divinités de l’amour et du plaisir sexuel incarnent la place ambivalente de ces deux réalités entre culture et nature. C’est probablement cette association entre femmes, fertilité et fécondité en des temps très anciens qui explique le monopole des divinités féminines comme divinités du Printemps, saison des amours. Pour ce qui était du plaisir sexuel dans le monde grec et romain c’était le monde égalitaire où régnaient en partage la déesse de l’Amour et le dieu du Vin, un monde souvent hors des normes de la civilisation usuelle par ailleurs dans sa licence confinant à la folie qui faisait peur à l’homme trop prudent donc l’excès de prudence offensait ces divinités ravageuses lorsqu’en colère ce qui fort mal lui en prenait d’où l’histoire des Bacchanales notamment qui illustre cela.

Par contre si Priape en étant le plus fameux exemple on trouve un culte phallique de nombre des dieux du sexe mâles dans ces antiques religions, là où le sexisme social se sent c’est que autant les dieux de la bite ou du moins les dieux dont on vénérait la bite souvent perçues comme porteuse de prospérité étaient très nombreux autant force est de constater que les parties sexuelles du corps féminin étaient nettement plus taboues et qu’il y avait grande absence par exemple d’une éventuelle déesse des ovaires qui ne semble pas avoir existé dans le paganisme ancien. Bon ok des paquets de déesses étaient liées à la naissance et présidaient aux accouchements notamment dans l’ancien monde égyptien et la plupart des déesses de la fertilité dans le monde entier étaient représentée enceinte là encore leur ventre gros pris comme symbole de prospérité et d’opulence. Encore une fois cependant voir en chacune de ces divinités une déesse mère réduite à son utérus serait sexiste et terriblement réducteur.

Prenons la plus connue des déesses avec tout ces attributs typiques Vénus déesse de la fertilité autant que de l’amour et du sexe. Souvent peu appréciée des féministes au départ car tout ce qu’elles en retiennent c’est l’image usuelle de la jolie fille qui pose nue ce qui suffit pas à en faire une déesse à leur goût généralement. Elle est aussi une incarnation de tout ce qui fait la joie et la beauté dans la nature, née de l’écume des vagues Cypris à la couronne de violettes qui à chacun de ses pas fait naitre un champ de fleurs riantes c’est déjà plus stylé. La douce déesse fertilise et féconde la terre stérile de ses pas qui l’enchante. La chypriote, c’est quand même pas toutes les divinités à qui on a carrément dédicacé un pays entier déjà pour ça respect. De plus elle a beau être la moins bien à sa place des divinités de l’Olympe pour combattre elle a tenté dans l’Iliade bien que ce fut assez laborieux étant la seule des Olympiens assez pitoyable pour se faire blesser au poignet par un mortel cependant elle a quand même combattu bien qu’assez mal pour sa survie et la protection de la ville de Troie qui avait ses faveurs et pour protéger Arès, Paris et Enée notamment dans les mythes en les retirant du combat les rendant invisibles ou camouflés à sa guise par exemple et soignant leurs blessures. Et bien sur il y a a férocité sans pitié qu’elle peut avoir pour qui manque de respect à ses charmes et dénigre son pouvoir. Plus rares car elle est de caractère plus calme et surtout moins fréquemment offensée, la colère d’Aphrodite n’a pas grand chose à envier les quelques fois où elle se manifeste à celle d’Héra dans la mythologie. Il y a de bonnes chances que pour les anciens ça n’eut pas servi pour dépeindre les déesses et les femmes de façon positive mais plus comme des folles hystériques se foutant en colère vengeresse de furies déchainées pour que dalle surtout dès lors qu’on insultait leur beauté et l’attrait de leurs appâts mais justement cela montre que leur puissance faisait peur aux hommes qui croyaient en la réalité de ces femmes divines là et de leurs vengeances, cela leur donnait donc de la puissance sur ces derniers. Pour en revenir à la divinisation des parties sexualisées du corps féminin oui on peut plus ou moins dire que l’équivalent du culte phallique c’est le culte de l’utérus puisque dans les deux cas il fait référence au caractère fertile et fécond d’une divinité qu’on espère apporter la fertilité mais il n’empêche il demeure une part de sexisme dans le fait que d’autres parties du corps féminins n’étaient pas divinisées par ces religions qui se voulaient tout diviniser, les ovaires était orphelins de déesses les représentant mais pas la vulve divinisée comme les seins chez la plupart des déesses a laquelle était rendue un culte (surtout si c’était des déesses de la fertilité comme la fameuse Danu irlandaise par exemple) même si c’est à date plutôt archaique et que les organes sexuels féminins ont connu un lent et progressif effacement du domaine du sacré bien avant même l’émergence de la chrétienté que cet article anglais explique fort bien pour qui est anglophone et veut en savoir plus (pas l’énergie de traduire) : https://classicalwisdom.com/culture/the-vanishing-vulva-how-the-ancient-greeks-wrote-women-out-of-worship/, pas l’hymen non plus qui avait une divinité rien que pour lui tant il été sacré, un dieu mâle par contre ça pour le coup c’est probablement un des aspects typiques de ce qu’avait de patriarcal la religion grecque et romaine. Outre cet effacement face auquel les tendances actuelles genre féminin sacré peuvent être perçues comme des reconquêtes vu qu’elles incluent beaucoup de vénération des organes sexuels et caractères sexuels secondaires femelles, une seule et dernière grande différence d’attribut entre les divinités féminines et masculines de l’amour et du sexe : la beauté.

Alors qu’on soit clair des dieux masculins de la beauté, du sexe et de l’amour tout à la fois il y en avait aussi mais nettement moins nombreux et puissants dans les anciens paganismes que les déesses du sexe et de l’amour qui avait aussi la beauté pour attribution. Bien entendu elles incarnaient la beauté féminine normative des mœurs sociales de leur temps et de leur zone géographique et en cela on a dit d’elles que c’était pour cette raison des représentations sexistes collant aux stéréotypes de genre féminins et réduisant la femme à ces seules dimensions d’amour, de sexe et de beauté. Bon déjà c’est omettre que ce sont des déesses parmi d’autres et que nombre de celles avec qui elles partageaient leurs panthéons respectifs ne rentraient guère dans ces schémas là et qui n’étaient nullement moins honorées que ces déesses plus « classiquement féminine » selon l’image actuelle qu’on a de la féminité ce qui adoucit beaucoup le côté supposé sexiste de leurs représentations tout de même. Et ensuite oui ça reste vrai que pour les divinités comme pour les humains la beauté est une exigence bien plus forte envers les femmes qu’envers les hommes dans la à peu près totalité des sociétés humaines connues ce n’est donc pas super étonnant que ce culte de la beauté féminine se retrouve beaucoup dans le paganisme ancien.

Pour autant est il sexiste en soi de sacraliser le pouvoir de séduction de belles déesses? Peut être pas. Après tout l’hédonisme est un courant philosophique qu’on dit partiellement issu de réflexions autour de la symbolique d’Hedone la déesse grecque du plaisir sexuel. Si toute la pensée épicurienne un des trois mouvements majeurs de la philosophie antique a pu émerger en pensant à des déesses du sexe n’est ce pas bien là la preuve que ces déesses incarnaient leur propre philosophie féminine mettant en avant les valeurs de plaisir et de joie et comme but principal de l’existence de jouir des délices de la vie? On disait Hedone née de l’union de Psyche et d’Eros, du désir sexuel incarné par un dieu mâle et de l’âme incarnée par une déesse femelle s’étant accouplés. Résultat : une philosophie des plaisirs des sens et de la libre expression des émotions opposée à la répression émotionnelle prônée dans le stoïcisme. Le nom romain d’Hedone était Voluptas, d’où est tiré le nom de volupté. Voluptas n’incarnait cependant pas que les plaisirs sexuels aussi ceux de la richesse matérielle et d’une vie de confort des idéaux très clairement très liée au sexe dans les paganismes anciens. On liait aussi Hedone à tout les rêves plaisants même si ceux ci n’étaient pas d’ordre sexuel.

La plupart des philosophes de la Grèce et de Rome et ce dans toutes les écoles de la philosophie toujours masculines cependant tenaient Hedone en haute méfiance la jugeant menaçante attitude bien curieuse envers la déesse du plaisir sexuel mais bon c’est pas neuf que les philosophes sont misogyne et ont du mal avec le sexe ce qui va souvent de pair et est lié à la peur du pouvoir que peut tirer une femme de sa sexualité et du bouleversement éventuel de l’ordre patriarcal que le pouvoir sexuel de ces dames maitresses de leur sexualité peut amener. Inutile de dire que la christianisation n’y a rien arrangé. On fait toujours subir au désir féminin une vive répression d’origine chrétienne de nos jours et du coup le souvenir de l’époque qui n’a pas pu être effacée où il était religieusement exalté gêne et dérange beaucoup les sexistes qui y voient trop bien comment les femmes peuvent se faire de ces exemples de nouvelles forces pour se réapproprier leur droit au plaisir sexuel contre la domination masculine.

En Laconie qui plus est Aphrodite était comme nombre des déesses reines de beauté aussi divinité vénérée en tant que déesse guerrière. La beauté féminine sacralisées n’était donc ni une ode à la passivité féminine ni une simple potiche ayant seul but que le regard masculin s’y rince l’œil. Elle a tout de même déclenché la guerre de Troie après tout. Tout ça à cause d’une pomme de Discorde décidément les belles sacrées et les pommes…ensemble ça tend à fiche le monde s’en dessus dessous faut croire. Il y a peu de traits universels à ses déesses de beauté, de sexe et d’amour tout à la fois pour la plupart très reliées à des contextes culturels bien précis dont elles incarnent l’idéal féminin ou du moins une version de celui ci mais il y a quelques constantes dont cette association avec les pommes, une révérence pour leur allure toujours dite gracieuse et la peur qu’elles inspirent aux hommes en raison de ce qu’ils savent qu’elles peuvent les perdre de la souffrance que les désirer a le risque de leur provoquer. Ces belles déesses aux parfums doux et agréables ces derniers les respectaient, les vénéraient et les craignaient leur vouant de véritables cultes. Bon Aphrodite c’est aussi la déesse patronne des prostituées donc plus d’une s’y voue pour quérir sa protection encore de nos jours forcément. C’était là encore un patronage très commun à ce type de divinités. Bien sûr ces déesses là pour des raisons évidentes étaient très fréquemment représentées nues dans les arts, d’ailleurs elles sont le sujet divin qui revient le plus souvent dans les représentations artistiques du monde entier, Aphrodite en tête sans grande surprise, le modèle féminin des artistes pose nue après tout. De telles représentations n’ont jamais disparues elles se sont simplement adaptées à leur temps discrètes à l’ère médiévale elles ont repris à la Renaissance où leur popularité a connu une explosion alors inédite depuis l’Antiquité et depuis c’est resté sublimer une beauté féminine sexualisée et sacralisée tout à la fois le job premier des artistes visuels et un thème majeur de la littérature qui si elle célèbre surtout le sentiment amoureux sait se faire érotique voir porno au besoin en exaltant et sacralisant la beauté féminine sexualisée et puis surtout même sans cela reprend comme la plupart des fictions d’ailleurs la sacralisation de la belle amoureuse à toute les sauces c’est la quasi totalité des personnages de fiction féminins qui ont quelque chose de cette figure là. Alors oui difficile de prétendre que ce n’est pas une preuve qu’on vit dans une société patriarcale mais c’est une figure complexe qu’il est trop réducteur de considérer exclusivement comme un personnage sexiste et qui au final dans toute son ambivalence symbolise assez bien les galères de la femme réelle pour réussir à exister en dehors de cette image et à changer en force la situation où sa socialisation l’a menée dans une société misogyne pour dans la culture féminine dominée trouver des outils d’échappatoire permettant l’émancipation féminine.

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